Et maintenant...

Comme le disait Gilbert Bécaud, "Et maintenant, que vais-je faire?"

Comment vivre cet "après"?

Ce n'est pas évident. Penses-y. 

Neuf mois en sac à dos, en terre étrangère, nomades. Errant de lieux en lieux. ne sachant à quoi s'attendre à chaque détour. En ouvrant les yeux chaque matin, dans la tente ou en refuge, constater d'abord qu'on va bien. Pas d'attaques, de vols, d'expulsions. On tend l'oreille quelques secondes, rien d'alarmant. Quel temps fait-il? On s'ajuste en conséquence, préparation du petit déjeuner, dehors ou sous la tente. Révision du plan de match pour aujourd'hui. On ajuste les sacs et c'est parti.
Sauf que, quand c'est parti, c'est parti. No way back. On a une idée du trajet, mais le balisage n'a rien a voir avec les chemins de Compostelle. Et quand on a plus aucune idée du chemin à suivre, ou s'il n'y a justement plus de chemin, c'est à la boussole qu'on se dirige sud-est. Dès le départ du matin, on a deux priorités: Trouver de la bouffe, et de l'eau. 
Chaque jour, tout est nouveau, tout le temps. Peu importe sur quoi on pose les yeux, on ne l'avait jamais vu avant. les gens qu'on rencontre, on ne les avait jamais rencontré avant. On ne sait pas ce qui se trouve au prochain tournant, derrière cette montagne, dans cette baraque. Faudrait ben qu'on trouve une place pour manger notre lunch...
Vers 16h00, on commence à penser à trouver un endroit pour dormir. Refuge, camping, hôtel, champs, forêt, on envisage toutes les possibilités, les pour et les contre.
On se trouve un endroit qui nous semble sécuritaire, tranquille, avec un point d'eau si possible. et en prenant notre repas du soir, on fait un bilan de notre journée, on prépare le lendemain, en gardant l'oeil ouvert et les oreilles tendues pour analyser notre refuge pour la nuit. Et on se repose enfin.
Et le lendemain, tout recommence. On vit en permanence sur le qui-vive, découvrant chaque jour de nouvelles odeurs, de nouveaux paysages, de nouvelles personnes. Chaque matin est comme une renaissance où tout est à découvrir.
Mais pour vraiment comprendre la profondeur de cette réflexion, je pense qu'il faut avoir vécu une expérience semblable, ou avoir beaucoup voyagé dans des pays de cultures très différents.

Ici, chez moi, ces différent. Le matin, je sais où je suis, je me fout du temps qu'il fait, le frigo est plein, de l'eau potable à profusion, il faisait 18 degrés dans la maison hier, et il fait 18 degrés dans la maison ce matin. Je sais que j'ai un dépanneur à 120m, et une épicerie à 400m. Pour me faire plaisir et changer d'air, je vais marcher. Les rues, je les connais, les parcs aussi. Les maisons, commerces, centres commerciaux, je les connaît. De nouvelles rencontres? En moyenne, il faut 15 bonjours pour avoir droit à un semblant de contact humain. Ou je devrais plutôt dire pour avoir droit à un regard moins méfiant que les 14 précédents. Dans les campagnes, loin, le ratio est meilleur. 1 sur 4. Quand même.

Alors pour rester relativement sain d'esprit, je travaille sur la maison. je perce, cogne, fixe, peint, creuse, coupe, arrache, déplace, nettoie. Je doit être sans cesse occupé sinon j'ai juste le goût de tout vendre et me transformer en nomade professionnel. On a vu qu'il est relativement facile de trouver de petit boulot, de la bouffe et un hébergement même si on est pas "résident" du pays.

Et en juin, c'est le retour au travail. J'ai vraiment hâte de revoir mes collègues, de savoir ce qu'ils ont vécu pendant mon absence. Mais c'est aussi, et c'est ce que j'appréhende le plus, le véritable retour à la routine la plus pénible. Réveil matin, pannes de transports, boulot routinier (même si j'ai un travail intéressant), pas d'imprévus, de dangers, d'incertitudes, de jeûne forcé.
Au bureau, il fait 18 degrés, tout le temps. Et dans ma salle de formation, il fait 14. Tout le temps. Pas de surprises.

Mais Johanne ne se casse pas trop la tête avec ça car elle ne travaille plus. Une jeune retraitée. 
Mais je ferai face, comme toujours. Pour l'instant, outre nos nombreux (mais coûteux) projets de rénovations, je révise mon équipement, toujours à la recherche du petit quelque chose qui va m'aider à devenir un meilleur voyageur. Je rêve de mes prochaines aventures.

Je ne peux bien sûr quitter sans exprimer notre infinie reconnaissance envers tout ceux et celles avec qui nous avons tissé des liens d'amitié tout au long de ce périple, et ceux qui ont pris soin de notre maison et nos animaux durant cette absence.

Et finalement, nous envoyons un immense MERCI subliminal à toutes ces personnes, illustres inconnues, qui nous ont aidés, encouragés, hébergés, nourris, souris ou salués, tout au long de cette extraordinaire aventure.

Un dernier merci à nos lecteurs pour vos encouragements et commentaires.

À la prochaine,
xxx


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